
Michel Yakovleff ne parle jamais de sa vie privée. Depuis que ses interventions télévisées sur le conflit ukrainien en ont fait l’une des figures les plus connues du commentaire militaire français, la question de son épouse revient régulièrement. Un document administratif déposé au greffe, accessible publiquement, mentionne qu’il est marié à Valérie de Bentzmann. Aucune autre source d’autorité ne documente cette information ni ne donne de détails supplémentaires sur cette femme. Ni photo, ni interview, ni apparition publique. Le général né le 26 avril 1958 à Maisons-Laffitte, issu d’un père d’origine russe et d’une mère néo-zélandaise, a construit une carrière de quarante ans sur la discrétion autant que sur l’expertise.
Père russe exilé, mère néo-zélandaise : un héritage multiculturel assumé
Michel Pierre Stuart Yakovleff grandit dans un foyer singulier. Son père, Pierre Yakovleff, né en 1921 à Prague, est d’origine russe. Sa mère, Phyllis Gordon Stewart, née en 1925, est néo-zélandaise. Pierre Yakovleff décède en 2002 à Villeneuve-lès-Avignon. Phyllis Gordon Stewart décède en 2023.
L’héritage paternel remonte plus loin. Son grand-père paternel, prénommé Ivan selon les sources disponibles, était un militaire russe qui avait rejoint les Socialistes-Révolutionnaires. Contraint à l’exil, il quitte définitivement la Russie et finit par s’établir en France. Pour désigner cet ancêtre, Michel Yakovleff utilise l’expression “Russe rose” : ni du côté des blancs, ni du côté des rouges. Cette formule dit beaucoup de la complexité politique que ce grand-père avait tenté de naviguer.
Ce triple héritage franco-russo-néo-zélandais nourrit directement sa compréhension de la Russie et de l’espace post-soviétique, visiblement présente dans la précision de ses analyses depuis 2022.
De Saint-Cyr aux blindés, de Besançon à l’OTAN
Michel Yakovleff effectue son service militaire en 1976 au 16e régiment de dragons à Noyon, puis au 18e régiment de dragons à Mourmelon comme aspirant. Il est admis à Saint-Cyr dans la promotion Montcalm de 1980 à 1982 et sort dans l’arme blindée et cavalerie. Sa carrière le conduit à gravir tous les échelons jusqu’aux plus hautes fonctions de commandement.
En août 2008, il accède au grade de général de brigade et prend la tête de la 7e brigade blindée à Besançon. Entre septembre 2008 et janvier 2009, il est déployé au Kosovo dans le cadre de la KFOR, où il constitue le noyau de la task force multinationale Nord autour de Mitrovica. Le 21 septembre 2009, il devient le représentant du SACEUR au comité militaire de l’état-major de l’OTAN à Bruxelles. En février 2012, il est promu général de division. En septembre 2012, il rejoint l’Allied Joint Force Command à Brunssum comme sous-chef plans, puis en devient chef d’état-major en avril 2014. Il est placé en deuxième section en 2016.
En parallèle de sa carrière opérationnelle, il publie Tactique théorique aux Éditions Economica en 2006, un ouvrage de 702 pages réimprimé en 2009 et en 2016, qui fait référence dans les milieux de l’enseignement militaire. Il est également diplômé du Command and General Staff College à Fort Leavenworth et du Joint Forces Staff College à Norfolk.
Analyste Ukraine, formules tranchées et controverses
Sa mise en deuxième section en 2016 marque le début d’une nouvelle vie publique : analyste invité sur les plateaux de LCI, de France 5 et d’autres chaînes, il prend l’habitude de décrypter pour le grand public les grandes crises militaires et géopolitiques. C’est le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022 qui lui confère une véritable notoriété publique.
Il est connu pour la clarté et le tranchant de ses formulations. En octobre 2022, il estime que l’armée russe se délite au jour le jour. En juillet 2023, il déclare que le régime de Poutine est entré en phase terminale. Ces prises de position, émises en direct dans des émissions d’information, génèrent parfois des réactions vives, certains observateurs lui reprochant de dépasser le rôle d’analyste pour formuler des jugements politiques. Il assume cette ligne.
Ce qu’il n’assume pas publiquement, c’est sa vie de famille. Quarante ans de carrière militaire à protéger ses proches ont produit une habitude : ce qui se passe hors des prétoires stratégiques reste hors de la communication publique. Son épouse, si le document administratif est exact, porte le nom de Valérie de Bentzmann. Son identité, sa vie, ses activités : aucune source d’autorité française n’en rend compte.
