Sofienne Karroumi : nouveau maire d’Aubervilliers, 34 ans, symbole d’une nouvelle génération politique

Sofienne Karroumi, maire d'Aubervilliers

Sofienne Karroumi, élu maire d’Aubervilliers le 22 mars 2026 avec 68,63 % des voix, incarne la nouvelle génération d’édiles issus de l’immigration dans les banlieues populaires françaises. À 34 ans, ce juriste et enseignant reprend un bastion historique de la gauche perdu en 2020. Son parcours témoigne d’un renouvellement générationnel dans la représentation politique des territoires populaires.

Un maire identifié comme issu de l’immigration

Sofienne Karroumi figure parmi les nouveaux maires “issus de l’immigration” élus lors des municipales de 2026, selon une analyse de l’AFP. L’agence cite le sociodémographe Patrick Simon, spécialiste des minorités à l’INED, qui évoque “la fin du blocage” pour les candidats issus de “l’immigration post-coloniale (Maghreb, Afrique subsaharienne ou Asie du Sud-Est)”.

Toutefois, aucune source officielle ne précise le pays d’origine spécifique de Sofienne Karroumi ou de sa famille. Le prénom Sofienne est d’origine arabe, répandu dans l’ensemble du Maghreb. L’intéressé n’a jamais communiqué publiquement sur ses origines familiales précises, préférant mettre en avant son ancrage local à Aubervilliers.

34 ans et un parcours d’élu local

Né le 31 mai 1991, Sofienne Karroumi a 34 ans. Juriste de formation et enseignant de profession, il incarne une nouvelle génération d’élus locaux formés et engagés dans leur territoire.

Son engagement politique débute jeune. En 2014, à 23 ans, il devient maire-adjoint d’Aubervilliers sous la mandature du maire PS. Il conserve ce poste jusqu’en 2020, année où la gauche perd la mairie au profit de Karine Franclet (UDI) en raison d’une triangulaire au second tour.

Membre-fondateur de l’Alternative Citoyenne 93, mouvement politique local, Sofienne Karroumi devient conseiller municipal d’opposition entre 2020 et 2026. Il est également conseiller territorial à Plaine Commune, l’établissement public territorial regroupant neuf communes de Seine-Saint-Denis.

Victoire écrasante aux municipales 2026

Aux élections municipales de 2026, Sofienne Karroumi réussit là où la gauche avait échoué six ans plus tôt : l’union. Après un premier tour où trois listes de gauche se présentent séparément, il obtient le meilleur score et parvient à fusionner avec ses concurrents Nabila Djebbari (divers gauche) et Guillaume Lescaut (LFI).

La liste fusionnée “Uni.e.s pour faire gagner Aubervilliers” remporte le second tour du 22 mars 2026 avec 68,63 % des suffrages, soit 10 242 voix, contre 31,37 % pour la maire sortante Karine Franclet. Cette victoire marque le retour de la gauche à Aubervilliers, bastion historique perdu en 2020.

Stéphane Troussel, président socialiste du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, salue cette victoire qui permet au département de compter désormais “plus de communes dirigées par la gauche que par la droite”.

“La victoire des enfants d’Aubervilliers”

Dans son discours de victoire, Sofienne Karroumi qualifie ce succès de “victoire des enfants d’Aubervilliers”. Cette expression résonne dans une ville où 68 % de la population a des origines étrangères et où la question de la représentation politique est centrale.

Le nouveau maire a qualifié ce vote de “sanction” pour la majorité sortante. De nombreux électeurs interrogés évoquent la baisse des subventions associatives, l’augmentation des loyers et le manque d’écoute de la municipalité UDI comme raisons de leur vote.

Une élection qui s’inscrit dans une dynamique nationale

L’élection de Sofienne Karroumi s’inscrit dans une dynamique plus large. Selon Patrick Simon de l’INED, les municipales 2026 marquent un tournant : “Il y avait très peu de maires racisés dans l’Hexagone, essentiellement au Parti communiste ou au Parti socialiste. Les derniers succès en mairie semblent venir plutôt de La France insoumise, qui a présenté pas mal de candidats racisés dans des villes populaires.”

D’autres maires issus de l’immigration ont été élus en 2026 : Bally Bagayoko à Saint-Denis, Idir Boumertit à Bobigny, ou encore Bassi Konaté dans une commune du 93. Ces élections témoignent d’un “temps d’incubation” politique, selon le démographe, qui permet désormais à des candidats longtemps cantonnés à des rôles militants d’accéder aux responsabilités exécutives.

Un programme axé sur le social et la démocratie participative

Le programme de Sofienne Karroumi comprend 191 propositions réparties sur 12 thématiques. Parmi les axes principaux figurent le logement social, le soutien aux associations, la démocratie participative et les services publics de proximité.

Son équipe municipale rassemble des profils issus du Parti socialiste, Place publique, Génération.s, de l’Alternative Citoyenne et de militants insoumis. Cette coalition reflète la volonté d’une gauche unie autour de valeurs communes dans les territoires populaires.

Un bastion historique reconquis

Aubervilliers était dirigée par la gauche depuis 1945, principalement par le Parti communiste. La défaite de 2020 face à Karine Franclet avait marqué les esprits. La reconquête de ce bastion par Sofienne Karroumi et l’union de la gauche symbolise un retour aux sources pour cette ville ouvrière de Seine-Saint-Denis.

Le nouveau maire a insisté sur la nécessité d’une gouvernance inclusive et à l’écoute des habitants. Son parcours d’ancien maire-adjoint et de conseiller municipal d’opposition lui confère une connaissance approfondie des enjeux locaux.

By Thomas Lefebvre

10 ans au Figaro et France Info. Spécialiste des personnalités politiques et médiatiques. Expert en fact-checking et investigation. Contacts privilégiés Élysée, médias nationaux et européens.

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