À 34 ans, Sofienne Karroumi reconquiert Aubervilliers pour la gauche : ses origines, il n’en parle jamais

Sofienne Karroumi, maire d'Aubervilliers

Sofienne Karroumi n’a jamais communiqué publiquement sur ses origines familiales. Son prénom, d’étymologie arabe, est répandu dans l’ensemble du Maghreb, mais aucune source officielle ne précise le pays d’origine de sa famille. Juriste de formation et enseignant de profession, il se présente avant tout comme un enfant d’Aubervilliers, formulation qu’il a lui-même utilisée dans son discours de victoire le 22 mars 2026. Ce soir-là, il remportait les élections municipales avec 68,63 % des voix, ramenant la gauche dans une ville qu’elle avait perdue six ans plus tôt.

Un élu formé dans la ville qu’il dirige

Né le 31 mai 1991, Sofienne Karroumi s’engage très tôt dans la vie locale d’Aubervilliers. En 2014, à 23 ans, il devient adjoint au maire sous la mandature du maire PS, délégué notamment à l’éducation et aux seniors. C’est sa première expérience exécutive, construite dans la ville où il vit et travaille. Il conserve ce poste jusqu’en 2020.

Cette année-là, la gauche perd la mairie. À la tête de l’Alternative Citoyenne 93, structure qu’il venait de créer, il réunit 19,09 % au premier tour mais ne parvient pas à l’emporter au second, battu dans une configuration à trois listes par Karine Franclet. Il tire les leçons de cette défaite : la division a coûté la mairie à la gauche. Entre 2020 et 2026, il siège comme conseiller municipal d’opposition et conseiller territorial à Plaine Commune, l’établissement public regroupant neuf communes de Seine-Saint-Denis.

La victoire de l’union en 2026

Aux municipales de mars 2026, trois listes de gauche se présentent au premier tour. Sofienne Karroumi obtient 25,56 % des suffrages, devant Nabila Djebbari avec 21,48 % et Guillaume Lescaut pour LFI avec 20,46 %, pendant que la maire sortante Karine Franclet recueille 26,01 %. Immédiatement après ce premier tour, les trois candidats de gauche s’accordent pour fusionner. La liste commune, baptisée Uni.e.s pour faire gagner Aubervilliers, remporte le second tour du 22 mars avec 68,63 % des suffrages, soit 10 242 voix, contre 31,37 % pour Karine Franclet.

Devant la mairie, plusieurs centaines de personnes accueillent ce résultat comme une reconquête, après six années durant lesquelles Aubervilliers avait échappé à la gauche pour la première fois depuis l’après-guerre. Dans son discours de victoire, Sofienne Karroumi qualifie ce succès de “victoire des enfants d’Aubervilliers”, formulation qui résonne dans une ville où 68 % de la population est d’origine étrangère.

Un profil qui fait débat dès les premières heures

La victoire est à peine acquise que les premières polémiques émergent. Dès le lendemain de l’élection, un grand quotidien national rapporte que le nouveau maire est en lien avec l’Association des Musulmans d’Aubervilliers, fondée en 2001, qui avait auparavant tissé des relations étroites avec la municipalité communiste de Pascal Beaudet. Des accusations de dérives communautaires sont formulées par ses opposants. Le nouveau maire ne répond pas directement à ces critiques dans l’immédiat.

Son programme comprend 191 propositions articulées autour du logement social, du soutien aux associations, de la démocratie participative et des services publics de proximité. Son équipe municipale rassemble des militants issus du Parti socialiste, de Place Publique, de Génération.s, de La France Insoumise et de l’Alternative Citoyenne 93.

Une élection dans un contexte national plus large

L’AFP cite à l’occasion de ces municipales le sociodémographe Patrick Simon, spécialiste des minorités à l’INED, qui évoque une dynamique nouvelle pour les candidats issus de l’immigration post-coloniale dans les villes populaires françaises. D’autres élections similaires ont eu lieu en 2026 : Bally Bagayoko à Saint-Denis, Idir Boumertit à Bobigny. Aubervilliers, commune de 88 000 habitants dans le nord-est de l’agglomération parisienne, était dirigée par la gauche depuis 1945, principalement par le Parti communiste, avant la parenthèse Franclet de 2020 à 2026.

Sur ses origines familiales précises, Sofienne Karroumi n’a rien dit. Son ancrage à Aubervilliers, lui, est documenté depuis 2014.

By Thomas Lefebvre

10 ans au Figaro et France Info. Spécialiste des personnalités politiques et médiatiques. Expert en fact-checking et investigation. Contacts privilégiés Élysée, médias nationaux et européens.

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